Car je vous le dis, c'est un miracle. Je manquais tellement d'organisation cette année que retrouver ne serait-ce que mon porte-monnaie, c'était déjà le parcours du combattant. Bataille gagnée, donc, et ne parlons même pas de la guerre, tellement easy que je la mets dans la poche et l'enfouis sous des pelures de clémentines (saison oblige, me voilà à nouveau la proie de cette folie agrumaire...oui je sais, agrumaire n'existe pas).
Mais bien plus que d'avoir acheté mes cadeaux, j'ai aussi totalement maîtrisé (ouais, journée Jet de Fleurs) la phase emballage-tellement-qu'elle-est-chiante-tellement-qu'elle-fait-peur-tellement-qu'à-la-première-occase-on-s'en-décharge-sur-quelqu'un-d'autre. Moi, que nenni, mes emballages seront home made, j'ai encore du papier Ikea à écouler, et on n'est jamais mieux servi que par soi-même.
D'autant plus que cette année, dans les commerces divers et variés (Cora inclus, vous vous en doutez bien, étant donné qu'il s'agit de ma référence en matière de gros centre commercial bouffi), les p'tits djeunz bien sympas qui vous emballent vos cadeaux, c'est pas n'importe qui : les SCOUTS.
Brrr.
Quand je suis passée à la caisse d'Alice Délice (petit coup de pub pour l'occasion, j'ai pas d'actions chez eux mais j'accepte volontiers tout éventuel cadeau sortant par exemple de chez eux, à tout hasard, comme ça en passant, moi je dis ça je dis rien), la vendeuse s'est empressée de préciser : « Et si vous voulez un emballage cadeau, c'est devant, chez...chez les...euuuh...les scouts ». Ma tête a lentement mais sûrement pivoté vers la sortie, où, postées derrière une table recouverte de papier Rouge Moche (oui, c'est une couleur, au même titre que carmin ou magenta, et notez bien la particularité de cette couleur, parce que moi, jusqu'à ce jour, j'ignorais qu'un rouge pouvait être moche), deux gaies scout-euses piaillaient, sans doute à propos de la Trinité me disais-je, tandis que leurs bandanas around the neck virevoltaient dans tous les sens.
J'étais terrifiée. Leur tenue criait feu de bois et chants à la guitare, choses tout à fait innocentes au demeurant, excepté lorsque le feu de bois est allumé au sommet de la montagne et qu'il s'agit du feu de nos yeux (traduction, le feu de Dieu quoi) et que les chants célèbrent le fait que Jésus revient parmi les siens.
« NON ! », ai-je crié (intérieurement), « AUCUN SUPPÔT DE JéSUS NE TOUCHERA MES CADEAUX ! ». Et de m'envoler vers d'autres horizons (Leclerc, à vrai dire, parce que j'avais besoin de bacon), mon sac Alice Délice faisant « cling-cling », pantelante et affolée, mais aussi soulagée d'avoir échappé à la Bonne Parole, bien que je m'attendais à tout instant à subir les assauts vengeurs du feu divin.
Et puis, l'espace d'un instant, j'ai eu des remords. C'est vrai quoi, sans Jésus, pas de Noël, sans Noël, pas de cadeaux, ni même de sapin, de bredeles, de promos Orange ou Canal Sat' (10 euros par mois pendant un an !!), de Glühwein, et ça, ça c'est grave. Aussi, j'ai envisagé (encore une fois, pendant une demi-seconde), de revenir sur mes pas, et de laisser les deux scouts (adorables au demeurant, enfin je suppose) emballer mes cadeaux, toutes baignées de l'aura qui entoure les gens qui ont la foi. Mais se posait le problème de l'explication : comment justifier ma fuite effrénée ? Prétendre que je devais aller aux toilettes ? Qu'une passoire volante me poursuivait (ouais ben hein...) ? Que Jeff de Bruges faisait une promo éclair sur le gianduja que je ne voulais absolument pas rater ?
Trop de questions tuèrent mon repentir. J'ai continué ma route, traînant la patte et bougonnant : « Roh et puis merde, hein. ». Je suis allée acheter mon bacon et, au retour, suis repassée devant Alice Délice. Les deux scoutesses étaient toujours là, inactives mais toujours happy face-d, et quand elles m'ont vue, un peu rougeaude et haletante (mon sac pesait des tonnes, puisque le bacon s'était transformé en liste de courses pour quinze personnes), elles m'ont souri.
Le Mal incarné, vous dis-je.




France
